Psychiatrie-psychothérapie d'inspiration philosophique et chrétienne


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Mon activité principale est celle de psychiatre-psychothérapeute en cabinet privé. Je pratique une approche intégrative qui a pour option de ne pas s'affilier à une seule école thérapeutique (psychobiologie, psychanalyse, cognitivisme, analyse transactionnelle, hypnose, etc.) mais de puiser à de multiples sources dans le vaste monde des courants thérapeutiques.
Puiser à de multiples sources a l'avantage de ne pas s'enfermer dans des modèles qui courent toujours le risque de "se donner en modèles à la réalité". Par contre cela comporte un danger de dispersion et de manque de cohérence. Le moyen que j'ai choisi pour intégrer de manière rationnelle et constructive les différents outils psychothérapeutiques est le recours à la philosophie dont la mission première est de nous apprendre à penser de manière libre, structurée et créative.

Dans ma pratique concrète quotidienne, c’est la liberté qui est le fil rouge, pour ne pas dire l’obsession de ma pratique thérapeutique. Cette dernière est fondée sur une approche biomédicale et existentialiste qui veut contribuer à libérer l’homme qui est corps et esprit tout à la fois.
Comme subtile mécanique qui émerge des déterminismes biopsychosociaux qui l’ont construit, l’homme malade doit bénéficier de toutes les techniques
objectives capables de réparer son cerveau et sa psyché. Mais d’autre part, il est philosophiquement illicite de réduire l’âme humaine à un appareil psychique, si complexe et si subtile qu’en soit la formulecar «’homme passe l’homme» (Pascal), et si son existence de sujet et de personne dépend de son corps, elle se reçoit prioritairement de son esprit capable d’Absolu. C’est cette part spirituelle de l’âme humaine qui peut élever l’animal humain, naturellement captatif, égocentrique et narcissique, au sens de l’altérité, à la grandeur surnaturelle du don de soi et de l’amour. C’est cette part qui légitime l’illumination de Rimbaud « Je est un autre». En l’homme le surnaturel transcende le naturel, ce qui est tout le contraire d’une négation. Mais cela ne se produit pas de manière automatique, comme la chenille qui devient papillon, ce n’est que sciemment et délibérément que le plus évolué des primates devient un homme.

Si je mets la liberté au centre de mes préoccupations cliniques, il faut répéter que la liberté n'est pas un océan d'infinitude où bercer notre indécision. Demeurer libre ne signifie pas refuser de faire des choix pour maintenir tous les possibles. L’histoire de l'âne de Buridan qui mourut de faim et de soif entre le sceau d'eau et la mangeoire d'avoine, faute d'avoir pu se décider entre les deux, est une caricature parlante de cette fausse conception de la liberté.
Choisir implique paradoxalement de savoir renoncer, ce qui ne va pas sans frustration.
C’est le mouvement soixante-huitard qui est à l’origine de l’actuelle déformation généralisée du sens de la liberté. En prônant l’
interdiction d'interdire de manière intégriste, elle a confondu précepte libertaire et amour de la liberté. Malgré l’heureuse défaite qu’il a infligée au tout-puissant paternalisme bourgeois, «68» a malgré tout eu le défaut d’amoindrir la raison des philosophes, la morale des sages et même l'esthétique, au profit des pulsions et du feeling individuel. Donner en pâture aux émotions les facultés reines, que sont l’intelligence et la volonté, était une manière de museler l’authentique liberté. On peut comparer cela aux familles où tout le pouvoir est abandonné aux enfants-rois.

Aristote et saint Thomas à sa suite enseignaient à user de son intelligence et de sa volonté pour ordonner sa vie, corps et affect inclus, de manière réellement libre et créative. Pour Platon, prenant l’image du quadrige, il n’était pas question que les chevaux des passions (émotions et pulsions) dirigent l’attelage, mais seulement qu’ils le mettent en mouvementc’est à l’esprit, symbolisé par le cocher, qu’il revient de tenir les rennes et de donner la direction. Ces immuables préceptes philosophiques restent pour moi le fondement inébranlable de toute médecine de l’âme cohérente.
Chaque séance de ma pratique se passe concrètement à tenter de repérer avec le patient l’actuel maillon faible de sa liberté, qu’il soit biologique, psychologique, social, ou spirituel. Mais au fond l’objectif est toujours de relancer le dynamisme créatif de la personne. J’aime répéter que guérir comprend deux volets, la diminution des symptômes et l’augmentation de la créativité. On cultive un jardin en enlevant la mauvaise herbe, mais ça ne dispense pas d’y semer des fleurs et de planter de la salade, surtout qu’en poussant, la salade étouffe la mauvaise herbe.
Soins et traitements sont aussi variés et complexes que l’est l’être humain. Cela va de l’intervention technique précise, comme la prescription d’un antidépresseur au démontage psychologique d’un mécanisme relationnel pathogène, en passant par un réexamen des valeurs existentielles et du sens de la vie.




Dr Gérard Dorsaz FMH
Psychiatrie-psychothérapie
Rue des Vaudrès 5
1815 Montreux-Clarens (Suisse)
Tél. et fax: +41 21 634 19 19
e-mail: gerard.dorsaz@bluewin.ch


Croître en liberté – ou en créativité, ce qui revient au même –, c’est encore prendre l’option de devenir soi-même. Il ne s’agit pas de sacrifier à l’individualisme, mais dans l’optique personnaliste, de se réaliser en accomplissant sa vocation irremplaçable dans la communauté humano-divine dont le Christ, «Dieu et vrai homme», est le fondement, la tête et l’espérance.
Réaliser sa vocation demande évidemment de la discipline, art auquel mon approche accorde une grande importance, dans la tradition de l’Église et des philosophes (stoïciens et épicuriens en particulier). Mais la discipline est mise en œuvre conséquente de sa liberté et non volontarisme moralisateur ou comportementalisme stéréotypé. Si la démarche thérapeutique est une quête de liberté exigeante, elle commence par une connaissance nuancée de soi-même, biologique, psychologique et contextuelle bien sûr. Mais il faut en plus développer une intériorité suffisamment consistante pour pouvoir y puiser les inspirations nécessaires à une vie vraiment libre et non déterminée par les circonstances seulement.
La liberté, en thérapie comme ailleurs, ne se développe que dans un certain climat. Il ne peut y avoir de progrès psychothérapique que dans une ambiance relationnelle joyeuse qui favorise la synergie patient-thérapeute – ce qui n’a rien à voir avec la dépendance affective. Le principal travail d’une thérapie, de la part du patient autant que du thérapeute, est bien de créer et d’entretenir un «état de rencontre», comme on entretient une fibre artistique ou un climat poétique. C’est loin d’être toujours facile, certaines règles de base y contribuent, mais il n’y a pas de recette infaillible pour réussir la rencontre à tout coup et en permanence.
C’est de leur rencontre, et non du patient ou du thérapeute unilatéralement, que jaillissent les solutions les plus revitalisantes, comme si leur espace «» (Martin Buber) était transcendé par une entité plus grande que la somme de leurs individualités.
«deux ou trois seront réunis en mon nom, je serai au milieu d’eux». Cette parole n’est pas réservée à la religionDieu est révélé par le Christ comme étant Relation par essence, une autre façon de dire qu’Il est Trinitaire.
Hors du dynamisme de la rencontre, toute personnalité perd sa consistance, comme un sel qui ne salerait plus, et les conditions d’une thérapie, au sens où je l’entends, ne sont plus remplies. Reste alors la possibilité de prescrire, des médicaments ou des mots peu importe. Ils seront sans âme et n’auront pas de sens, ils ne feront grandir personne en humanité, ni patient, ni thérapeute. Mots et remèdes pourront même alors devenir aliénantson peut se droguer de médicaments, mais aussi des mots de la psychologie.

Finalement, pour progresser, la liberté, comme tout autre fonction, a besoin d’une finalité. Comment avancer dans l’existence sans savoir où l’on va, sans se préoccuper de la finalité et du sens de notre vie– Médecine et sciences humaines fournissent de nombreux moyens plus ou moins efficaces de traitements des maladies psychiques, mais ont trop négligé la question du sens et de l’absolu. Des politiciens se battent pour que la future constitution européenne soit partie prenante des apports fondamentaux et légitimes du christianisme. J’ai plaidé dans ce livre pour que se lèvent dans les sciences humaines et la psychiatrie en particulier, des spécialistes qui en fassent autant dans leur domaine. Pour que ce vœu se réalise, nous, médecins de l’âme, devons courir le risque de reconnaître humblement nos limites mais aussi de voir nos efforts infiniment soutenus et récompensés. Alors, comme Ambroise Paré, le père de la chirurgie, nous pourrons affirmer avec confiance à propos de nos patients«le pansai, Dieu le guérit». Les pansements que nous poserons alors sur les âmes blessées seront de vrais germes de vie, au lieu d’expédients et de leurres toujours nargués par les assauts du mal et de la mort.



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